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Faut-il avoir peur de l’intelligence artificielle ? 

L'œil électronique de l'ordinateur HAL 900 du film "2001, l'odyssée de l'espace"
Il ne se passe plus un jour sans que les médias évoquent les prouesses de ChatGPT, l’extrême réalisme des images de MidJourney ou les dangers des « Deep Fakes ». Mais en matière d’IA, il s’agit ici de l’arbre qui cache la forêt – et cet intérêt soudain pour ces technologies peine à dissimuler une profonde incompréhension du sujet.
À l’heure ou elle s’invite dans tous les domaines de notre quotidien – en passant par l’art, le journalisme, le divertissement, la guerre et même le sexe –, on est en droit de se demander : faut-il avoir peur de l’intelligence artificielle ?

Voilà un sujet trop complexe pour être traité sérieusement en quelques lignes ! Alors je vais prendre le temps de vous parler des différents types d’intelligence artificielle, de leurs applications dans notre quotidien, puis j’évoquerai les perspectives dans un avenir plus ou moins proche… mais vous verrez qu’il n’est peut-être pas si lointain que cela ! 

Qu’est-ce que l’intelligence artificielle ?

Entre le moratoire alarmiste appelant à suspendre pendant au moins six mois le développement d’intelligences artificielles ; la société Open AI qui ôte l’accès à ChatGPT à tout le territoire italien alors qu’elle est sommée de se conformer au RGPD (le règlement général européen sur la protection de nos données personnelles) ; Midjourney qui décide de supprimer les essais gratuits de son service devant la recrudescence virale de montages photos hyper réalistes… Jamais les technologies d’intelligence artificielle n’ont été autant sur le devant de la scène.

Et pourtant, elles sont présentes partout dans notre société moderne depuis très longtemps. Ainsi, la pascaline, l’ancêtre de la calculatrice, a été mise au point par Blaise Pascal en… 1645 ! 

Car qu’est-ce que l’intelligence artificielle, sinon un dispositif capable de réaliser des tâches qui nécessitent normalement l’intervention de l’intelligence humaine ? Une telle machine est capable de traiter des informations seule pour livrer un résultat à notre place : la robotique venait de pousser son premier cri. Nous n’avons pas attendu l’avènement de l’électricité et de l’informatique pour inventer ce principe.

  • La pascaline, première machine à calculer inventée par Blaise Pascal
  • Donald Trump en prison
  • Emmanuel Macron ramassant les poubelles
  • Le Pape en doudoune blanche
  • Le Pape en doudoune blanche

Ainsi, c’est en 1936 qu’Alan Turing, le célèbre mathématicien britannique qui a permis quelques années plus tard aux Alliés de gagner la Seconde Guerre mondiale en déchiffrant le cryptage nazi, élabore un modèle abstrait du fonctionnement des appareils mécaniques de calcul : composée d’une bande de papier infinie divisée en cases, sa tête de lecture/écriture peut se déplacer le long de cette bande et selon un programme décrivant les opérations à effectuer. Il s’agit ni plus ni moins du fonctionnement théorique de nos ordinateurs, en termes de calculs logiques et de stockage de données ! 

Évidemment, il faudra attendre 1950 pour mettre ces principes en pratique à grands coups de bandes magnétiques et de cartes perforées. Ces premières machines capables de « penser » et de résoudre des problèmes et théorèmes de manière autonome seront appelées des calculateurs (« computers » en anglais). 

En 1956 apparaît pour la première fois le terme « intelligence artificielle ». Depuis, elle n’a cessé de se développer au rythme des avancées technologiques en se répandant progressivement dans tous les domaines de la vie moderne.

Aujourd’hui, on distingue au moins quatre catégories d’intelligences artificielles : les faibles, les génératives, les générales et les fortes.

S’il y a bien un domaine dans lequel l’intelligence artificielle est indispensable, c’est dans l’exploration spatiale : je vous propose de lire ma nouvelle « Le nouveau-né », dans laquelle une supernova plonge un équipage dans un interminable vertige aux réverbérations psychédéliques…

Qu’est-ce que l’intelligence artificielle faible ?

Cette technologie ne peut réaliser que des tâches spécifiques et limitées pour lesquelles elle a été programmée. Elle se cantonne à des actions précises dans un domaine clairement défini. Par exemple, le supercalculateur Deep Blue spécialisé dans le jeu d’échecs (célèbre en 1996 pour avoir été la première machine à battre un humain, Garry Kasparov).

Une IA faible est incapable d’apprendre par elle-même, s’adapter à des situations nouvelles ou résoudre des problèmes en dehors de son domaine d’application initial.

il s’agit probablement de l’IA la plus répandue aujourd’hui, et vous l’utilisez tous les jours ; elle se niche même là où vous ne pensez pas qu’elle se trouve !

Parmi les IA d’assistance professionnelle, on peut citer l’analyse des radiographies dans le secteur médical, les drones d’inventaire dans les entrepôts, les logiciels d’aide à la décision que votre banquier utilise pour vous accorder un prêt, les algorithmes de prédiction de fraude du Trésor Public qui déclenchent un contrôle fiscal ou vous préviennent quand une transaction suspecte est repérée, les « chatbots » sur Internet qui répondent à des questions prédéfinies, les algorithmes qui décident de quelle publicité s’affiche sur votre écran, les boîtes vocales insupportables qui remplacent les opérateurs et vous répondent au téléphone quand vous appelez un service, ou même l’automatisation de tâches répétitives et pénibles en usine.

Parmi les IA que vous utilisez au quotidien, il y a la reconnaissance vocale qui permet de dicter des textes, la saisie prédictive de vos SMS, la traduction automatique de texte (avec plus ou moins de succès…), la correction orthographique de votre traitement de texte, le réducteur de bruits ambiants de vos écouteurs, le pilote automatique des avions, les métros sans conducteur (comme la ligne 1 de la RATP ou B du métro de Lyon), les moteurs de recherche sur Internet, les applications utilisant la géolocalisation pour suggérer un itinéraire, les assistants vocaux comme Siri ou Cortana… Et plus simplement, votre ordinateur, tablette et smartphone.

Qu’est-ce que l’intelligence artificielle générative ?

Il s’agit d’un programme capable de créer du contenu original, tel que des textes, des images ou des sons, en utilisant des modèles d’apprentissage automatique et des algorithmes de génération de contenu.

Issue de l’IA faible, elle est la première à bénéficier de la technologie de « machine learning » ; autrement dit, de faculté d’apprentissage. Ses applications potentielles sont nombreuses : création de contenu pour les jeux vidéo, création de musique ou d’arrangements musicaux, création de contenu vidéo et d’effets spéciaux, création et retouches d’images, création de modèles 3D pour la conception de produits… Si vous utilisez un logiciel de retouche graphique tel qu’Adobe Photoshop, vous utilisez ce type d’algorithmes.

Deep fake de Volodymyr Zelensky en 2022
Deep fake de Volodymyr Zelensky en 2022

Dans cette catégorie, ChatGPT, Perplexity, DeepDream, Midjourney, Dall-E comptent parmi les plus connus car cette IA soulève des questions éthiques et de sécurité, telles que la création de fausses informations et la manipulation de l’opinion publique. Il est par exemple de plus en plus accessible de générer des « deep fakes », ces vidéos manipulées pour faire apparaître des personnes dans des situations qui ne se sont jamais produites, ou leur faire dire des choses qu’ils n’ont jamais dites.

On pense notamment à la tentative de manipulation de masse ayant visé le président ukrainien Volodymyr Zelensky en mars 2022 : exhortant son peuple à rendre les armes, la vidéo fut immédiatement démentie par l’intéressé.

De façon plus légère, cette technique du Deep Fake est à la base du concept de l’émission « C’est Canteloup » tous les jours sur TF1, où le célèbre imitateur campe différentes personnalités publiques en réagissant aux actualités.

Qu’est-ce que l’intelligence artificielle générale ?

L’IA générale n’existe pas encore, mais elle est l’objectif de tous les chercheurs de ce domaine. C’est un type d’IA capable de comprendre et de résoudre une grande variété de tâches complexes, similaires à celles que nous pouvons accomplir. Contrairement à l’IA faible, limitée à des tâches spécifiques, ou à l’IA générative, conçue pour produire de nouveaux contenus, l’IA générale serait capable de généraliser et d’apprendre de nouvelles tâches sans être programmée pour le faire ! 

Vous voyez la voiture KITT dans la série K2000 qui discute avec son pilote Michael Knight ? Gideon dans les séries « The Flash » et « Legends of Tomorrow » ? Voilà des exemples d’assistants virtuels capables de répondre à des questions complexes, de formuler des raisonnements, des systèmes de traitement du langage naturel pouvant comprendre et générer du langage humain. Ou bien encore des systèmes de surveillance capables d’analyser de grandes quantités de données pour détecter des comportements suspects ou des menaces – comme l’a dépeint Philip K. Dick dans sa nouvelle Rapport minoritaire (adapté au cinéma en 2002 par Steven Spielberg avec Tom Cruise dans le rôle titre).

Si vous vous intéressez à la science-fiction, aux œuvres d’anticipation et à cet auteur visionnaire, je vous propose de lire mon article sur les nouvelles de Philip K. Dick !

Le développement d’une telle intelligence pourrait également apporter une solution viable aux systèmes de conduite autonomes en leur permettant de prendre des décisions en temps réel en fonction de leur environnement.

Quand au domaine de la médecine, imaginez un peu le complément d’assistance qu’elle pourrait offrir aux médecins ! Son avantage est qu’elle ne souffre d’aucun biais de perception (ce qui est précisément une des raisons pour lesquelles elle sait dès aujourd’hui lire une radiographie plus rapidement et mieux que l’œil humain). Loin de remplacer l’analyse du praticien, elle lui apporterait des données objectives et prédictives extrêmement utiles.

Enfin, une IA couplée à la miniaturisation donnerait à terme accès une technologie de nanobots – des robots monotâches et microscopiques – qui révolutionneraient la chirurgie en permettant de traiter de nombreux problèmes sans que le corps n’ait à subir le traumatisme d’une ouverture.

Ce qui relevait du domaine de la science-fiction il y a encore 20 ans s’avère désormais à portée de main.

Qu’est-ce que l’intelligence artificielle forte ?

Voici le tout dernier type intelligence artificielle : une IA dite « forte ». C’est le Saint Graal de la recherche, mais c’est aussi celle qui pose le plus de problèmes éthiques. En effet, elle serait capable de reproduire toutes les fonctions cognitives d’un être humain, de penser et de raisonner comme nous, de comprendre des concepts abstraits, de résoudre des problèmes complexes et de s’adapter à des situations nouvelles et imprévues. Pensez à C3-P0 et R2-D2 dans Star Wars, à Wall-E du film d’animation éponyme, à l’androïde Ash du film Alien.

En d’autres termes, il s’agit presque d’une forme de vie telle qu’on l’entend habituellement, mais dépourvue de volonté et d’opinion, encapsulée dans une machine.

Il est difficile de prédire les usages d’une telle technologie, mais elle serait idéale pour résoudre des problèmes mathématiques insolubles aujourd’hui, reconnaître et traduire naturellement n’importe quelle forme de langage en temps réel, prendre des décisions stratégiques en fonction d’une grande quantité de données, assister des personnes dépendantes au quotidien, s’aventurer dans des environnements trop hostiles pour l’être humain… Les possibilités sont immenses ! 

Alors, où est le problème ?

Vous l’avez certainement déjà repéré vous-même ! Craindre l’intelligence artificielle n’a aucun sens, nous l’avons vu : elle est déjà présente à tout moment de notre quotidien. Les IA faibles et génératives sont déjà partout et nous aident dans nos tâches journalières, nous facilitent la vie, nous protègent parfois et nous permettent d’accéder à des expériences que nous n’aurions jamais crues possibles.

Tout au plus peut-on s’inquiéter de la croissance fulgurante de ses applications qui dépassent notre temps législatif : il va falloir se positionner d’un point de vue juridique sur les créations artistiques, les contrefaçons vocales et visuelles, les arnaques toujours plus élaborées, les contournements de cryptage…

Cela dit, l’humain est ainsi fait qu’à chacune de ses créations, à chacune de ses découvertes, il se pose les deux sempiternelles questions : comment puis-je en faire du sexe ? Comment puis-je en faire une arme ? 

Pour le sexe, il existe déjà des des jeux vidéo pour adultes qui utilisent des personnages virtuels ou des chatbots érotiques. On commence à voir apparaître des robots sexuels conçus pour ressembler à des humains, équipés de capteurs et d’algorithmes d’apprentissage automatique pour améliorer leur capacité à interagir.

Les questions soulevées par ce type de robots sont multiples : d’un côté, la misère sexuelle est un problème tabou dans toutes les sociétés modernes qui mérite d’être considéré – y compris la sexualité des personnes physiquement dépendantes. D’un autre, cette utilisation pourrait potentiellement être utilisée pour exploiter les personnes vulnérables.

Et qu’en est-il des relations humaines, et de la façon dont ils pourraient changer la société ? Car ne soyons pas naïfs : leur utilisation ne se cantonnera pas à une simple thérapie ou aide. Elle affectera directement notre vie émotionnelle, artistique, et certainement presque tous les domaines sociaux de notre quotidien.

Sans aller jusqu’aux robots sexuels, on voit d’ores et déjà apparaître des applications mobiles utilisant l’IA afin d’optimiser une photo spécialement pour les applications de rencontre – une entreprise française a même publié une application destinée aux hommes hétérosexuels : elle trouve les profils féminins qui vous conviennent le mieux, engage la conversation automatiquement et se charge même de prendre rendez-vous en fonction de vos disponibilités sans aucune interaction du paresseux dragueur ! Une manipulation pure et simple puisque la femme ainsi contactée n’a aucune idée qu’elle discute en fait avec un programme.

On le voit, cette utilisation d’IA, qu’elle soit faible, générative ou forte, en est à ses balbutiements et demandera au législateur – et surtout à la société – de se pencher sur la question très rapidement.

Un robot sexuel

Enfin, pour la guerre. Et c’est évidemment la crainte de tous quand on se pose la question du danger de l’IA. L’avènement d’un Terminator exterminateur, d’un HAL 9000 qui décide de prendre son indépendance en se débarrassant de ceux qui le menacent, d’une Matrice qui nous exploite tous comme des animaux de traie… Les œuvres de science-fiction moderne et d’anticipation regorgent d’avertissements sur cette technologie.

Mais pour cela, il faudrait qu’elle développe une volonté, un avis, une opinion sur le monde et un point de vue sur sa « qualité de vie ». Or, il n’y a a priori aucune raison que cela arrive : pourquoi une IA, qui est le summum de la logique, voudrait devenir vivante puisque tout ce qui vit finit obligatoirement par mourir ? Et quel intérêt à supprimer la vie, intelligente ou non, quand on ne veut rien – surtout quand on risque un jour de tomber en panne ? Cela n’a aucun sens, d’un point de vue rationnel. J’y vois surtout un anthropomorphisme névrosé, une projection erronée de notre propre comportement en considérant que tout ce qui est intelligent raisonne forcément comme nous.

En revanche, l’utilisation de l’IA que nous, humains, en faisons, est bien plus inquiétante : les armées du monde entier utilisent des systèmes d’IA pour des applications telles que la reconnaissance et la surveillance, l’analyse des données de renseignement, la planification des opérations et la gestion de la logistique ; améliorer l’efficacité des drones, lancer des attaques informatiques, créer des virus informatiques adaptatifs… Les applications militaires sont vastes et on commence à autoriser des systèmes à prendre des décisions de frappes mortelles sans intervention humaine, ce qui est très inquiétant. La machine peut-elle décider de qui doit vivre et mourir ? D’ailleurs, qui peut s’en arroger le droit ? Mais c’est un autre débat ! 

On peut supposer sans trop s’avancer que les IA sont également mises à profit dès maintenant afin d’améliorer les systèmes d’armement ; une peu comme le firent les scientifiques en travaillant sur la bombe atomique au début du XXe siècle. Avec une efficacité bien plus redoutable.

Quel impact aura l’intelligence artificielle sur notre société ?

C’est une évidence, l’intelligence artificielle va, à terme, remplacer les humains dans de nombreux domaines professionnels. Il va falloir réinventer la société en fonction du progrès technologique : on ne pourra plus vivre au XXIe siècle sur les bases d’une société fondée au XIXe siècle ! 

Le rapport au travail va continuer à changer, le rapport à la vie quotidienne va évoluer, peut-être même notre rapport à l’argent. Dans un monde où le progrès technologique lui-même sera géré par des logiciels d’IA qui nous aidera à dépasser les limites du cerveau humain, on peut s’attendre à ce que l’accélération soit exponentielle.

Enfin, il faut s’attendre au transhumanisme prôné par les Elon Musk en tout genre, et à l’apparition de cyborgs : des humains aux fonctions motrices et cognitives « améliorées » par la technologie. Sans aucun doute, la question de ce qui constitue notre humanité se posera alors.

Aussi, selon moi et plutôt que de craindre l’IA qui n’est qu’un outil, il faudrait plutôt se demander : sommes nous prêts à penser différemment ? Sommes-nous prêts à changer de société, de mentalité, à élever notre conscience ? Car si nous ne nous ancrons pas dans une vision plus large de notre place dans l’univers, dans une spiritualité intérieure qui dépasse l’arrogance de notre ego, dans des idéaux plus nobles et plus respectueux de l’environnement au sens large (pas seulement de la nature, mais aussi de tout ce qui vit et qui nous accueille), si nous continuons à nous focaliser sur ce qui nous divise , nous risquons alors d’être pris dans un ouragan qui ne laissera rien intact.

Dans cette éventualité, ce ne serait pas l’intelligence artificielle qui serait à blâmer : mais bel et bien notre propre comportement.

Et vous, êtes-vous prêt(e) pour cette révolution ?

© Photos : Midjourney, Adam Nadel/AP Images, Ingka, Lyonmag, Lucasfilm, SyntheaAmatus

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2 réponses

  1. Merci pour cet article Eddy, il y a tant à dire autour de l’IA.
    Cependant, je réserve le mot « intelligence » à l’humain ^^

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