Crétacé supérieur, il y a environ 66 millions d’années. Un lundi (c’était forcément un lundi !), 16h37 (environ). Il fait 27°C, le taux d’hygrométrie est de 82 % et le ciel est dégagé.
Tandis qu’un troupeau de tricératops mâchonne pensivement quelques fougères en piétinant un sol qui ne verrait pas un brin d’herbe avant plusieurs millions d’années, un alamosaurus se dresse sur ses imposantes pattes arrières en tendant son cou de sept mètres de long pour arracher les feuilles d’un arbre qui n’avait pas poussé assez vite ni assez loin pour échapper au banquet.
Un peu plus loin, un tyrannosaure rendu fou de rage par un os coincé dans sa gueule démesurée maudit intérieurement ses bras trop courts pour curer ses nombreuses dents.
Bref, un lundi aussi passionnant qu’une causerie au coin du feu avec Valéry Giscard d’Estaing.
Pourtant, la vie était plutôt douce quand on n’était ni une plante à portée de gueule, ni une proie à portée de griffes ; les jours étaient plus courts de 30 minutes, la lune un peu plus proche, l’année comptait 372 jours. Les océans étaient moins profonds, aucune calotte polaire ne s’était formée et les continents ne s’étaient pas encore autant éloignés que de nos jours.
Chacun s’apprêtait donc à chiller tranquille, passer une journée pépère puis une nuit claire sous une voûte beaucoup plus étoilée que la nôtre.
Comme d’habitude, quoi.
Malheureusement pour ce chacun (et heureusement pour nous), l’univers en avait décidé autrement. Un bolide de la taille de Paris ou de l’Everest, soit plus de 10 km d’envergure, éjecté de la ceinture d’astéroïdes entre Mars et Jupiter de nombreux mois auparavant, fonçait droit vers la Terre à la vitesse vertigineuse de 20 kilomètres par seconde (plus de 58 fois la vitesse du son, de quoi traverser toute la France en 2 secondes).
Ce minuscule point dans le ciel resté inaperçu s’apprêtait désormais à faire une entrée théâtrale dans ce monde luxuriant, où les taux d’oxygène et de dioxyde de carbone étaient bien plus élevés qu’aujourd’hui.
Coucou everybody tout le monde !
Province actuelle de Chicxulub, péninsule du Yucatán, Mexique.
Quelque chose d’inhabituel survient. On lève la tête. Pas trop haut non plus, car l’astéroïde entre dans l’atmosphère selon un angle relativement prononcé, compris entre 45 et 60 degrés. C’est important, car sa trajectoire sera donc plus longue que s’il tombait droit comme la pluie, ce qui va intensifier l’effet de friction et ses conséquences tragiques.
Dès qu’il pénètre dans la haute atmosphère (environ 120 km au-dessus de nos têtes), il est déjà trop tard. Les 5 secondes qui suivent sont dévastatrices.
À cette vitesse phénoménale, et du fait de sa taille, l’astéroïde comprime l’air devant lui et génère une chaleur intense dépassant les 10 000°C, soit bien davantage que la température de la surface du soleil. Ses couches externes se vaporisent instantanément, créant un plasma incandescent qui illumine le ciel comme un second soleil.

Sous l’effet de la friction et de la chaleur, cette boule de feu se fragmente partiellement vers les 60 km d’altitude (soit au bout 2 secondes). Pour rappel, les avions long-courriers volent en moyenne à une altitude de 10 km. Une explosion formidable altère alors temporairement la composition de l’air environnant : une formation massive d’oxydes d’azote commence à acidifier les hautes couches nuageuses. Localement, la couche d’ozone, qui protégeait les organismes vivants des ultraviolets solaires, est désintégrée. Des vagues de chaleur infernale atteignent déjà le sol et la surface de l’océan.
L’onde de choc atmosphérique est cataclysmique : le colossal volume d’air ainsi repoussé génère des vents supersoniques et des explosions aériennes, comparables à des milliers de détonations nucléaires en haute altitude. Plus l’onde se propage, plus elle comprime l’air environnant. Les dégâts commencent avant même l’impact terrestre : en 3 secondes, le sol commence à trembler comme si un marteau titanesque venait de le frapper, la surface de l’océan s’agite.
Les êtres vivants qui ont eu la malchance de se trouver aux premières loges sont déjà morts : les forêts sont arrachées sur plusieurs centaines de kilomètres, les animaux sont à la fois balayés, cuits vivants (miam !) et voient leurs organes internes écrasés par la pression. Ils n’ont probablement pas le temps de souffrir, car la mort est si rapide qu’ils n’en verront rien – d’autant qu’ils ont été rendus aveugles par l’intensité lumineuse de cette entrée en fanfare.
L’énergie libérée ici en une fraction de seconde est équivalente à plusieurs milliards de fois celle de la bombe d’Hiroshima – d’autant que l’angle d’impact entraîne une dispersion plus large des débris et une onde de choc plus étendue. Ce mini soleil est visible à des milliers de kilomètres à la ronde.
Les cinq secondes sont écoulées… Impact !
Impact : première minute
Vous allez voir qu’une petite minute, cela peut sembler particulièrement long et pénible (vous le savez déjà si vous avez dû subir un discours de François Bayrou).
Cinq secondes après son entrée dans l’atmosphère, l’astéroïde s’écrase dans la baie du Yucatán, en plein océan. Toute son énergie cinétique est instantanément convertie en chaleur, en onde de choc et en mouvement – une libération d’énergie si brutale qu’elle dépasse l’imagination.
L’astéroïde et la matière au point d’impact (roches, sol, eau, etc.) sont totalement vaporisés en une fraction de seconde, formant une boule de plasma atteignant brièvement 50 millions de degrés, plus de trois fois celle du cœur du soleil.
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Le cratère formé s’enfonce de 40 km dans la croûte terrestre et s’étend sur quasiment 200 km de diamètre (de quoi engloutir plusieurs mégapoles modernes). La chaleur libérée est équivalente à 100 milliards de mégatonnes de TNT ; soit, des millions de fois TOUTES les armes nucléaires existantes explosant en même temps et au même endroit !
Cette boule de feu géante, d’une luminosité infiniment supérieure à celle du soleil, s’étend rapidement depuis le point d’impact. Elle atteint un diamètre de 200 à 600 km en quelques secondes. À des centaines de kilomètres de là, les rares animaux terrestres encore en vie deviennent instantanément aveugles, même les paupières closes. Ce flash lumineux est si intense qu’il peut être aperçu sur les autres continents, transformant la nuit en jour sur des milliers de kilomètres.
La chaleur émise déclenche des incendies spontanés et des tempêtes de flammes qui dévorent tout sur leur passage, sur des centaines de kilomètres. Souvenez-vous : la composition de l’atmosphère riche en oxygène était alors bien plus propice à l’embrasement !
Au point d’impact, l’eau et 20 000 km³ de roche sont pulvérisés, projetés à des vitesses atteignant plusieurs kilomètres par seconde. Le choc est si terrible que des fragments sont envoyés en orbite basse tandis que d’autres restent en suspension dans l’atmosphère (tout ce petit monde va se rappeler à nous dans quelques minutes).
Au-delà de la zone de vaporisation directe, la chaleur a fait bouillir l’eau de mer sur 1 000 km à la ronde, tuant ainsi toute forme de vie océanique dans cette zone. Des dizaines de milliers de gigatonnes d’eau sont transformées en vapeur en un claquement de doigts.
Mais les températures sont si extrêmes en si peu de temps que les roches passent directement de l’état solide à l’état gazeux : des cendres chaudes se forment, se mélangent à la colonne de vapeur d’eau et s’élèvent en panache gigantesque à plus de 30 km jusqu’à la stratosphère. Entre 100 et 500 milliards de tonnes de soufre sont ainsi envoyées dans l’atmosphère.
L’onde de pression se propage à des vitesses supersoniques. L’air est comprimé et chauffé à blanc, créant un front destructeur capable littéralement de raser des montagnes entières et d’écraser tout ce qui se trouve dans un rayon de 1 000 km.
Entre 1 et 5 minutes après l’impact
L’enfer ne fait que commencer.
L’onde de pression continue son petit bonhomme de chemin. À plus de 500 km de l’impact, elle fait imploser les organes internes de tous les animaux terrestres encore en vie. Elle se propage à la surface de la Terre à la vitesse de 10 kilomètres par seconde (pour rappel, le son va à 0,34 km/s) et anéantit tout sur un rayon de plus de 2 000 km : les forêts sont déracinées, le sol est arraché par des vents supersoniques soufflant jusqu’à 7 000 km/h, qui parcourent jusqu’à 450 km avant de ralentir.
Entre les incendies, la friction due à l’onde de choc et aux vents, la température de l’air s’élève à plus de 1 000°C dans un rayon de 500 km. La faune n’était déjà plus qu’un souvenir, c’est désormais toute la flore qui est subitement réduite en cendres, alimentant ainsi les nuées de débris qui s’accumulent dans l’air saturé. Toute matière organique dans la zone a disparu.
Les dinosaures vous fascinent ? L’héroïne de mon récit L’expédition n’a subitement plus eu aucune envie de les étudier lorsqu’elle s’est retrouvée face-à-face avec l’un de ces monstres carnivores. Car s’ils ont désormais disparu sur Terre, ce n’était pas encore tout à fait le cas sur la planète Tzakatán où se déroule cette nouvelle…
Le cratère béant qui balafre désormais la baie du Yucatán commence à s’effondrer sur ses bords pour atteindre une taille d’environ 2 à 3 fois plus large – l’un des plus grands jamais formés sur Terre. La gravité fait son travail, aidée par l’instabilité géologique : l’océan commence à se précipiter dans le trou béant pour le combler, créant des courants violents et des tourbillons cyclopéens.
La violence du choc génère bien entendu un autre phénomène : une onde sismique omnidirectionnelle. Et pas n’importe laquelle ! Un tremblement de terre d’une intensité inédite, jamais observée par l’Homme (11 sur l’échelle de Richter).
Il annonce une déstabilisation géologique d’ampleur mondiale.
Ça va swinguer !
Entre 5 à 15 min après l’impact
Et pour swinguer, ça swingue.
Tout autour de l’impact, le sol se fissure et se déforme horriblement, à tel point qu’il se liquéfie par endroits. Glissements de terrain et fractures massives engloutissent les débris et les cadavres carbonisés.
Jusqu’à 5 000 km à la ronde, les ondes de surface provoquent de terrifiants séismes en chaîne de 9 sur l’échelle de Richter. Tous les animaux terrestres encore en vie rebondissent littéralement sur un sol secoué comme un trampoline !
Bien au-delà, la Terre tremble encore, bien qu’à moindre intensité. Elle vibre littéralement comme une cloche pendant ces 15 premières minutes, ses oscillations se propagent à travers toute la croûte terrestre et sonnent le glas d’un règne sans partage de plus de 165 millions d’années.
Dans ce premier quart d’heure, l’onde de choc atmosphérique se propage dans un rayon de 3 000 km. Les fluctuations brutales de la pression atmosphérique provoquent des hémorragies internes et des lésions pulmonaires chez les animaux encore en vie et des destructions cataclysmiques même dans des zones éloignées.
« Après les premiers raz-de-marée, l’effet de rejaillissement provoque une vague d’effondrement haute de 1,5 km ! »
Dans l’océan, le cataclysme n’est pas en reste. Les raz-de-marée sont multiples : le premier est dû au volume d’eau repoussé par l’impact, aussi haut que la Tour Eiffel, sur un parcours de plus de 180 km. Une grande partie du golfe du Mexique est engloutie sous des vagues colossales, avec des effets qui s’étendent rapidement dans les océans adjacents. Toute vie marine ou terrestre est balayée. Des torrents de débris, de roches et de sédiments dévalent à plus de 700 km/h, rasant tout sur leur passage.
Au bout de 15 minutes, la vague a déjà parcouru 1 000 km et atteint encore 50 mètres de haut. D’impressionnants tsunamis secondaires se forment en fonction de la géographie locale. Le déplacement massif d’eau transporte ainsi des milliards de tonnes de sédiments, modifiant la topographie marine et les côtes.
S’il vous est arrivé de lancer un gros caillou dans une eau calme, vous l’avez remarqué : il se forme un trou, rapidement rempli par l’eau qui se heurte en son centre et s’élève en une petite colonne avant de retomber.

Imaginez la même chose en beaucoup, beaucoup plus grand. Cette vague d’effondrement s’élève à 1,5 km de haut ! Elle suit les premiers raz-de-marée, et se propage dans toutes les directions, ajoutant à la complexité des premiers tsunamis provoqués. La turbulence sous-marine générée par les interactions entre les vagues bouleverse les fonds marins dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres.
Sur les terres, les vents supersoniques ont perdu une partie de leur intensité mais sont toujours aussi destructeurs à 3 500 km/h ! Ils transportent des débris rocheux, des particules enflammées et des cendres chaudes, provoquant des incendies massifs dans leur sillage et rendant l’air irrespirable sur une distance faramineuse.
Ils commencent à ralentir autour des 1 800 km/h après avoir parcouru 2 000 km. Les couches supérieures de l’atmosphère sont perturbées par des turbulences majeures et de violentes fluctuations de pression.
Ils redescendent ensuite sous la vitesse du son mais restent capables de raser des forêts et de projeter des débris mortels sur des distances énormes.
L’apocalypse qui a clos l’ère des dinosaures nous montre à quel point il est important de scruter le ciel à la recherche de ces astéroïdes géocroiseurs, comme on les appelle. Car si 10 tonnes de météorites tombent chaque jour sur Terre (sans compter la centaine de tonnes d’autres poussières et débris), la collision prochaine avec un autre de ces monstres est désormais une certitude. Serons-nous prêts à nous défendre ce jour-là ?
Comme les différences de pression atmosphérique sont monumentales, des systèmes cycloniques massifs commencent à se former en mer. Vous connaissiez les cyclones, eh bien voici… les hypercyclones !
Ils n’apparaissent que lorsque la température des océans dépasse 50°C, soit 15° au-dessus de la température océanique la plus chaude jamais enregistrée. Ces monstres atmosphériques n’ont, de fait, jamais été observés sur Terre par l’humain car ces conditions extrêmes sont presque impossibles à réunir ici. Ils génèrent des vents à des vitesses de 1 000 km/h, alimentés par la chaleur intense de l’impact et les flux d’air violents, et s’élèvent jusqu’à 40 km de haut – à tel point qu’ils endommagent à leur tour la couche d’ozone.
Ils perturbent les courants et la chimie des océans, provoquent des remontées d’eau chaude, transportent des cendres ardentes et des gaz toxiques à haute altitude. Tout cela commence à obscurcir le ciel, mais aussi à augmenter les températures atmosphérique et maritime localement. Ils sont tellement bruyants que tout animal à proximité deviendrait instantanément sourd, et déchaînent des débauches de foudre meurtrière.
Sur terre, les incendies poursuivent leur propagation dans tous les écosystèmes au-delà de 2 000 km à la ronde. Les particules incandescentes soulevées par les vents déclenchent des incendies de masse qui se propagent rapidement. Entre incendies, crevasses, séismes, tempêtes et raz-de-marée, le paysage terrestre est dévasté comme jamais sur des milliers de kilomètres.
Entre 15 à 30 min après l’impact

L’onde de choc atmosphérique continue de se propager à une vitesse supersonique autour de la planète. Au bout de 30 minutes, elle a parcouru environ 10 000 km jusqu’à l’Amérique du Sud, l’Afrique et l’Europe – avec les mêmes effets meurtriers.
En mer, les tsunamis continuent leur propagation : au bout de 30 minutes, ils auront parcouru 360 km de distance. Des raz-de-marée secondaires, hauts de 20 à 50 mètres, se forment en rebondissant sur les côtes et les fonds pélagiques, ce qui amplifie les vagues et cause des destructions dans des régions éloignées. La vie marine subit des dommages catastrophiques, une extinction massive des espèces aquatiques est en marche.
L’abominable séisme de 11 sur l’échelle de Richter a fait un premier tour du monde au bout de 20 minutes – et continue sa route en perdant progressivement de sa force. Il entraîne les mêmes phénomènes que précédemment, qui se multiplient et s’aggravent les uns les autres : geysers brûlants, glissements de terrain, renversement des animaux et des habitats, effondrements et éboulements, élargissement des failles, formations de crevasses…
La terre gronde, craque, gémit… Les volcans sortent de leur sommeil, et de nouveaux s’apprêtent à naître. La pression dans les chambres magmatiques souterraines grimpe en flèche.
« Il pleut de la roche liquide et du verre en fusion sur des milliers de kilomètres autour de l’impact. »
Des pluies incandescentes commencent à tomber. Eh oui ! Vous vous souvenez des milliards de tonnes de débris rocheux, vaporisés ou pulvérisés lors de l’impact, dont certains ont atteint l’espace ? La gravité les fait désormais chuter. La friction dans l’air enflamme ces millions de micro-météorites : il pleut de la roche liquide et du verre en fusion sur des milliers de kilomètres autour de l’impact. En conséquence, l’atmosphère se réchauffe brutalement et atteint ainsi localement plusieurs centaines de degrés Celsius.
Cette violente déstabilisation thermique alimente les systèmes cycloniques, les tempêtes et les fluctuations de pression ; les hypercyclones et leurs effets se renforcent au-dessus des océans, les vents terrestres propagent des incendies massifs, même dans des zones éloignées. Au terme des 30 premières minutes, ils ralentissent progressivement sous les 300 km/h. À cette vitesse, ils continuent évidemment à tout dévaster.
Entre ces pluies, les cendres et les scories envoyées dans la stratosphère, un voile sombre se condense et s’étend rapidement en haute altitude. La lumière du jour diminue dans un rayon de 3 000 km autour de l’impact.
Pour tous, l’avenir se fait littéralement de plus en plus sombre.
Entre 30 à 60 min après l’impact
Il s’est écoulé une demi-heure depuis l’impact. Ce moment est une étape charnière où la destruction locale autour du cratère atteint son paroxysme, tandis que les effets continuent à s’étendre à l’échelle planétaire et à s’intensifier. Le ciel s’embrase, la Terre tremble et les premières conséquences mondiales se dessinent.
Les volcans qui se sont réveillés tout autour du monde entrent en éruption. En ce temps, l’Inde est une immense île au milieu de l’océan qui subit déjà une forte activité aux trapps du Deccan ; elle redouble de vigueur et tout le continent semble prêt à exploser. Ailleurs, d’autres volcans s’effondrent brutalement, vomissant leur lave et libérant des nuages de cendres et de gaz qui s’ajoutent au chaos atmosphérique. De nouvelles failles apparaissent un peu partout, la pression accumulée sous la croûte terrestre cherche à s’évacuer, ce qui provoque une réaction en chaîne de nouveaux tremblements de terre, avec les mêmes effets. La machine commence à s’emballer !

Le voile de cendres et de gaz tamise désormais la lumière du soleil sur une plus grande surface qui ne cesse de s’étendre. L’atmosphère devient un enfer de flammes et de suie. À certains endroits, les températures grimpent brutalement sous l’effet de l’air enflammé, tandis qu’ailleurs, d’épaisses colonnes de cendres bloquent la chaleur et plongent des régions entières dans une nuit artificielle. Des incendies spontanés se déclarent partout (souvenez-vous, l’oxygène abonde !), augmentant encore la saturation en CO2.
Ce qui ne s’était pas encore enflammé sous l’élévation des températures s’embrase désormais : les pluies de feu s’abattent un peu partout sur la planète, contribuant à un réchauffement rapide de l’atmosphère dans un cercle vicieux sur l’ensemble des continents.
Les raz-de-marée atteignent maintenant les côtes éloignées et ravagent tout sur leur passage, tandis que les courants océaniques se dérèglent en profondeur. Les espèces côtières et récifales ont été emportées ou écrasées sous des tonnes de débris charriés par les vagues, la température de l’eau s’élève dangereusement, les sulfates libérés par l’impact ont commencé à se mélanger aux océans, entraînant un phénomène d’acidification et d’anoxie (manque d’oxygène) rapides. Les organismes marins à coquilles calcaires commencent à souffrir de la dissolution de leurs coquilles. Des glissements de terrain sous-marins colossaux ravagent les habitats benthiques.
Quant aux vents, ils restent meurtriers et soufflent toujours à des vitesses dévastatrices. Ils propagent la destruction à leur échelle, emportant gaz toxiques, débris et cendres. Sur terre, ils alimentent les brasiers ; en mer, ils brassent les courants et nourrissent les hypercyclones, mélangeant brutalement les couches atmosphériques. Tout cela précipite subitement un dérèglement climatique global qui va s’installer durablement.
Où qu’ils soient, sur terre ou en mer, tous les organismes vivants sur la planète sont au courant que rien ne va plus !
Entre 1h à 3h après l’impact
Il faut imaginer le chaos infernal qui s’empare de la planète : les survivants fuient en pleine panique, cherchent un refuge contre la fureur des éléments ; d’autres restent figés, tétanisés par un monde qui s’effondre autour d’eux, parmi les cadavres et les agonisants. Les plantes subissent un stress extrême qui ajoute au chaos chimique. Des poissons commencent à se noyer alors que leur milieu se raréfie en oxygène. Les petits animaux fouisseurs tentent de se réfugier sous terre, mais le sol est instable et secoué par les répliques de séismes. Les montagnes elles-mêmes ne sont pas épargnées : des avalanches de roches et de cendres transforment leurs flancs en pièges mortels. Le chaos est indescriptible !
Les ondes sismiques sont loin de se calmer : elles modifient la topographie de la planète. Les incendies se propagent vers l’intérieur des terres : forêts et prairies sont transformées en vastes brasiers, la fumée s’élève dans l’atmosphère, obscurcit le ciel et rend l’air irrespirable.

Les zones marines chauffées par l’impact se refroidissent brutalement lorsqu’elles sont balayées par les vents des cyclones, créant des gradients thermiques extrêmes auxquels les organismes marins ne peuvent s’adapter.
Les hypercyclones génèrent des pluies diluviennes qui, combinées aux pluies acides dues aux éjectas et aux gaz, modifient rapidement la chimie des eaux de surface. Le tonnerre est assourdissant, la foudre s’abat partout. Les précipitations (Évelyne Dhéliat parlerait sans doute « d’épisode pluvieux centennal ») transportent également des débris et des matières toxiques provenant des incendies et des éruptions volcaniques, aggravant ainsi la pollution des océans et des estuaires déjà gorgés de cadavres.
Le travail de sape des raz-de-marée se poursuit sous la surface et dans tous les écosystèmes littoraux du globe. Les zones mortes se multiplient. Les gaz libérés par les mouvements tectoniques, les failles, les sédiments et les volcans se dissolvent dans l’eau, comme le méthane et le sulfure d’hydrogène, et contribuent à une anoxie encore plus rapide des eaux. Les tsunamis prennent d’assaut toutes les côtes à des vitesses folles vers l’autre côté de la planète.
Les particules en suspension dans l’atmosphère et dans l’eau commencent à bloquer une grande partie de la lumière solaire un peu partout. Ce phénomène réduit la photosynthèse du phytoplancton, perturbant la chaîne alimentaire marine dès ses bases.
À ce stade, les écosystèmes proches de l’impact (golfe du Mexique, mer des Caraïbes, et régions de l’Atlantique Nord) sont quasiment annihilés.
Au bout de 3h, plus aucun écosystème de la planète n’est intact.
Entre 3 et 6h après l’impact
C’est le déluge !
Les mégatsunamis, déclenchés immédiatement après l’impact, ont maintenant parcouru des milliers de kilomètres et atteignent l’Europe, l’Afrique et les côtes de l’Asie. Plus aucun littoral de la planète n’est épargné par ces murs d’eau de plusieurs centaines de mètres qui lessivent tous les habitats. En heurtant les continents, les vagues rebondissent et créent des systèmes d’ondes secondaires, parfois en frappant des zones déjà touchées sous un angle différent en charriant sédiments, matières toxiques, débris et cadavres.
Les hypercyclones gagnent en puissance. L’évaporation est massive, ce qui génère des milliards de tonnes de vapeur et accélère la modification de la composition chimique des eaux de surface, dans lesquelles se déversent des torrents de pluies acides. Ces monstres atteignent à présent les terres et se comportent comme de véritables mixers géants : rien ne résiste à la puissance phénoménale de leurs rafales. Ils arrachent les arbres, soulèvent des vagues de poussière et transportent des cendres incandescentes sur des centaines de kilomètres, projettent des débris à des vitesses mortelles, éradiquant des écosystèmes entiers.

Les puissants tricératops et même les immenses tyrannosaures encore vivants sont soulevés et renversés comme des fétus de paille, percutés et mutilés par les débris. Les animaux de plus petite taille sont projetés et violemment écrasés ; les grands dinosaures volants, comme le ptérosaure, sont condamnés à une mort violente et inévitable.
Après l’enfer météoritique des chutes de débris en fusion et les incendies, les forêts subissent la double peine des vents qui finissent d’arracher les derniers survivants, puis des pluies acides qui empoisonnent les sols et l’eau douce des rivières et des lacs. Les précipitations phénoménales font déborder fleuves et cours d’eau, qui subissent des crues spectaculaires puis se transforment en torrents de boue et de débris.
Le soleil peine à percer d’une lueur maladive à mesure que les pluies d’éjectas, cendres et particules fines déploient un écran toujours plus opaque en altitude. les volcans s’invitent sur scène, crachant leurs nuées ardentes et toxiques aux quatre vents. Des colonnes éruptives, lourdes de cendres, de soufre et de gaz à effet de serre qui accélèrent l’acidification atmosphérique, s’élèvent un peu partout, visibles depuis l’espace. Des régions entières sont progressivement plongées dans l’obscurité.
Dans ce paysage apocalyptique toujours secoué de violents séismes, les flammes dévorent tout sous une chape de suie ardente au rythme endiablé des bourrasques frénétiques, et semblent demander aux moribonds : « Y en a un peu plus, je vous le mets quand même ? ».
Entre 6h et 24h après l’impact
Et du rab, il y en a eu pour tout le monde !
Car la planète entière bascule dans ce cataclysme irréversible. Sur les terres comme dans les océans, les incendies, les raz-de-marée, les tempêtes et l’obscurcissement du ciel transforment notre biosphère en un environnement invivable pour la majorité des espèces.
Les immenses raz-de-marée ont maintenant traversé les océans Pacifique et Atlantique. Les ondes secondaires issues des réfractions et des rebonds sur les continents continuent de se propager, mais elles s’atténuent en hauteur et en force. Elles restent toutefois dévastatrices sur les littoraux déjà ravagés : l’eau continue d’engloutir les terres, détruisant tout ce qui avait miraculeusement échappé aux premières vagues.
Les régions basses sont désormais totalement immergées, certaines îles ont été réduites à des bancs de sable surnageant à peine. L’eau s’est infiltrée profondément dans les terres, piégeant de nombreux organismes incapables de fuir. À mesure que les tsunamis s’estompent, ils laissent derrière eux des paysages marins méconnaissables, où la boue, les cadavres et les débris flottants forment d’immenses amas dérivant sur les eaux désormais gorgées de soufre, cendres et toxines. Au terme des 24h, ils se seront enfin calmés mais auront redessiné les côtes et profondément modifié la chimie des océans pour les prochains millénaires.
Les méga-incendies planétaires sont entretenus sur des millions de kilomètres carrés par le fort taux d’oxygène de l’époque, mais certains commencent désormais à faiblir, faute de combustible. Les vents tempêtueux attisent toujours les flammes et les propagent sur des milliers de kilomètres, bien que les pluies diluviennes issues des hypercyclones commencent à modérer leur progression – sans pour autant les étouffer complètement. Dans certaines régions, la pluie crée un bain de boue brûlante en mêlant cendres, suies et eau acide, achevant d’asphyxier la terre et les survivants.
Entre incendies, volcans et tempêtes, l’atmosphère se sature de suies, de gaz, de poussières et de cendres, bloquant la lumière du soleil ; la température de surface des océans chute brutalement, ce qui affecte le métabolisme des organismes marins. À l’instar du phytoplancton, plus aucune plante terrestre ni aquatique ne peut plus générer de photosynthèse : le compte à rebours de leur disparition est lancé.
« Un hiver nucléaire va s’installer sur tout le globe pour les 10 années à venir, au cours desquels les températures oscilleront entre glaciales le jour, et polaires la nuit. »
Partout où les incendies ne se déchaînent pas, les températures chutent de plusieurs degrés en quelques heures. Les rivières et les lacs, contaminés par les pluies acides et les retombées de cendres, deviennent des pièges mortels pour les animaux assoiffés.
Les hypercyclones et les tempêtes électriques continuent de dévaster la planète, bien qu’ils perdent progressivement en intensité. Les vents violents, les pluies diluviennes et les éclairs incessants achèvent les écosystèmes terrestres et marins. Les continents sont balayés par des tempêtes de feu puis des inondations massives.
La Terre continue de trembler et de gronder plus ou moins fort à intervalles disparates pendant au moins des mois, selon les régions, prolongeant ainsi les perturbations géologiques décrites plus haut et initiées par la monstrueuse collision. De nouveaux séismes sont provoqués par les éruptions volcaniques, suivis de répliques qui rebondissent les unes contre les autres et de nouveaux raz-de-marée, moins intenses que ceux nés de l’impact.
Le lendemain : tout est chaos, à côté
Nous y voilà. 24h se sont écoulées, et une grande partie des espèces, animales et végétales, a déjà été exterminée. Le règne des dinosaures n’est pas encore tout à fait terminé, mais les années qui vont suivre vont finir d’achever le travail : un hiver nucléaire va s’installer durablement sur tout le globe dès que les incendies vont cesser. Ce refroidissement mondial va durer au moins dix ans, au cours desquels les températures oscilleront entre glaciales le jour, et polaires la nuit.
Dans cet intervalle, la totalité des plantes va périr, entraînant par conséquent les derniers herbivores dans une famine mortelle. Les carnivores ayant survécu à l’holocauste vont donc à leur tour dépérir, puis mourir de faim par manque de proies. En mer, 90 % du phytoplanton va périr, ainsi que tous les animaux, terrestres ou marins, de plus de 25 kg.
Il faudra plusieurs siècles pour que la couche d’ozone se répare, 100 000 ans pour que les forêts repoussent sur la planète grâce aux graines profondément enterrées, et 200 000 de plus retrouver la diversité actuelle.
Dans ses nouvelles de science-fiction, Philip K. Dick a souvent évoqué un monde ravagé par la guerre ou par des catastrophes climatiques dignes de cette cinquième extinction de masse. J’aborde l’influence qu’il a exercée sur notre culture moderne dans mon article sur ses nouvelles prophétiques !
Aussi catastrophique fut-elle, la chute de cet astéroïde n’a pas suffit à éradiquer complètement les dinosaures. Certes, ils ont tous été réduits en cendres en quelques secondes dans la zone d’impact ; mais ce sont les conséquences géologiques, climatiques et environnementales qui ont eu raison de leurs espèces, et provoqué la mort de plus de 75 % des espèces vivantes du globe. Il s’agit de la cinquième extinction massive de l’histoire.
Pourtant, voyez comme la vie est résiliante : malgré tout cela, ils n’ont pas complètement disparu ! Les petits dinosaures aviaires à plumes ont réussi à survivre : vous côtoyez leurs descendants tous les jours, ce sont les oiseaux.
Quant aux mammifères, les plus petites espèces qui ont réussi à se cacher ont évolué dans la diversité actuelle de la vie sur Terre. Ils se sont reproduits, ont profité d’un monde sans prédateurs, ont grossi et ont pris possession de la planète. Sans cet évènement cataclysmique, il n’y aurait ni humains, ni chatons mignons, et vous ne seriez pas en train de lire ces lignes (et aucun François Bayrou n’aurait jamais fait de discours, ce qui ne serait peut-être pas un mal).
Ne dit-on pas que le malheur des uns fait le bonheur des autres ?
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© Photos & vidéo : Mistral, Grok, IPGP/David Ducros, Creative Commons, Météo Franc-Comtoise & VectorMine, Brandon Johnson.





