Cette nouvelle m’a été inspirée par un concours de science-fiction dont le thème était la mémoire. Parmi les contraintes, ne pas dépasser les 50 000 signes (espaces comprises).
Je me suis d’abord posé la question de l’univers dans lequel j’allais la placer – je devais éviter toute ressemblance avec Le nouveau-né, ma première nouvelle du même genre. J’ai envisagé de la situer dans un futur terrestre, pour changer de mes autres récits ; j’aimais l’idée de créer une histoire totalement différente, indépendante, pour la liberté d’écriture que cela procure. Une trame qui n’aurait ni préquel, ni suite. Une simple tranche de vie sans plus d’explications.
J’ai donc exploré le thème imposé : c’est un sujet assez vaste qui peut être traité sous de nombreux angles différents ! Je voulais éviter l’écueil du déjà-vu, comme Blade Runner ou Total Recall (adaptés respectivement de Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? et Souvenirs à vendre, deux nouvelles de Philip K. Dick), et en profiter pour glisser vers une réflexion sur l’intelligence artificielle et sa voracité en ressources énergétiques.
Quant au décor de l’intrigue, une station orbitale me paraissait un bon début ! Elle incarnait parfaitement la sensation d’enfermement et de huis clos que je recherchais, au cœur d’un environnement aussi fascinant que mortel ; un îlot de survie dérivant dans l’espace, dépendant du bon fonctionnement d’une technologie de pointe.
Mais voilà, vous me connaissez (non, je sais que vous ne me connaissez pas), il me faut toujours ancrer mes créations dans une cohérence plus globale. Je me suis donc aperçu que le synopsis naissant s’inscrivait tout naturellement dans l’avenir de mes chroniques essenaï.
Que sont les chroniques essenaï ?
Non, mais vous le faites exprès, ou quoi ? Toute la section Histoires de ce site est dédié aux chroniques essenaï ! Il s’agit de l’univers commun à tous mes récits, à commencer par mon premier roman, Les Portes de Tzakatán. Il marque en quelque sorte l’an 1 de cette chronologie.
Pour résumer : Les Portes de Tzakatán se déroule sur la planète éponyme, un peu plus grande que la Terre, dotée de trois continents principaux et de trois lunes. Elle est la petite dernière ayant intégré une confédération interstellaire comprenant douze mondes, reliés par des vortex naturels appelés « Portes ».
Bon, je ne peux pas vous en vouloir, puisque le roman n’a pas encore trouvé son éditeur. Néanmoins, vous pouvez en lire les premiers chapitres via ce site, ainsi que plusieurs nouvelles prenant place un peu partout sur Tzakatán, chacune à des époques différentes.
Vous ne connaissez pas Philip K. Dick, ce brillant écrivain de science-fiction des années 1950 ? Je vous le présente ainsi que son œuvre dans mon article Les nouvelles prophétiques de Philip K. Dick. Vous verrez qu’il n’est pas seulement resté très moderne, mais qu’il a également inspiré toute la pop culture Sci-Fi des dernières années !
Une nouvelle méthode de travail
La décision d’inscrire le scénario dans mon univers fictif étant prise, la planète autour de laquelle la station allait graviter était toute trouvée : Thy’l, l’un des théâtres de l’action du prochain roman. Rassurez-vous (j’en vois qui s’inquiètent), aucun divulgâcheur ici : l’action se déroule bien après les évènements de la saga, et en est totalement indépendante !
J’ai alors décidé d’expérimenter une nouvelle méthode de travail : contextualiser puis développer le scénario en cascade, par strates successives. Ainsi, j’ai commencé par déterminer l’époque, le niveau technologique, puis j’ai exploré la station orbitale comme un touriste consciencieux, en notant sa structure, ses dimensions, sa position, son ambiance intérieure et extérieure, mais aussi sa population, son organisation sociale et politique, ainsi que son intégration dans un réseau plus vaste de stations.
C’est extrêmement détaillé, pour une petite nouvelle, me diriez-vous – et vous n’auriez pas tort. Mais cela me procura une vision très claire du cadre dans lequel j’allais rédiger ma nouvelle. J’ai ensuite eu tout loisir d’établir l’histoire principale, que j’ai divisée en actes, puis en scènes. Pour chaque scène, j’ai commencé par une phrase descriptive, que j’ai étendu en un paragraphe plus détaillé, puis en un résumé de quatre à cinq cents mots. Une fois les huit scènes de la nouvelle définies en détail, j’ai pu entamer le processus d’écriture proprement dit.
Une société futuriste autoritaire et sa gestion énergétique
À cette époque, toute vie est devenue impossible sur la lune Thy’l, en orbite autour d’une planète géante gazeuse. Les humains se répartissent désormais sur plusieurs stations orbitales colossales. Jadis colonies d’une même société, chacune a évolué séparément et sont aujourd’hui régies par des systèmes politiques distincts.
Une telle infrastructure, vous l’imaginez, exige une quantité d’énergie phénoménale pour maintenir la vie dans l’environnement hostile de l’espace. Les intelligences artificielles qui gèrent ces bâtiments de plusieurs kilomètres d’envergure sont particulièrement voraces : des supercalculateurs classiques nécessiteraient une production énergétique intenable, sans même aborder les défis du recyclage de l’air et de l’eau à cette échelle.
Si l’IA vous intéresse (c’est probablement le cas, vu qu’elle se répand désormais dans tous les aspects de notre vie quotidienne moderne), ne ratez pas mon article Faut-il avoir peur de l’intelligence artificielle ?. Je vous y présente les quatre grandes catégories d’IA et leurs applications concrètes.
La solution mise en œuvre est radicale : les IA exploitent les réseaux neuronaux des cerveaux des défunts, bien plus complexes, performants et économes qu’un simple ordinateur. Quant au reste de leur corps ? Il est également recyclé pour le bien commun.
La notion de mort a ainsi été éliminée du langage et de la pensée, pour être remplacée par celle de « sublimation ». À leur soixante-dixième anniversaire, après un accident mortel ou une condamnation capitale, les citoyens sont invités à poursuivre leur service auprès de la collectivité, en intégrant physiquement les systèmes de la station. Ils deviennent les Contributeurs, piliers d’une idéologie technocratique et euphémisante où la survie du collectif l’emporte sur l’individualité.
Des influences assumées
Vous remarquerez certainement l’ombre de Philip K. Dick, mais également celle de Fritz Lang et de son film Metropolis. Autrement dit, une science-fiction marquée par des questions chères à la première moitié du XXe siècle, revisitée à l’aune de mes thèmes favoris : la perception de la réalité et de l’identité.
Je souhaite vous avoir donné envie de découvrir cette nouvelle, dont je vous livre la première moitié sur ci-dessous ! ⤵️
Comme toujours, pensez à me laisser un petit commentaire pour partager vos impressions, et faites circuler autour de vous (surtout si vous connaissez un éditeur 😜) !





